Tout est possible

Vendredi 25 octobre 2019

Depuis fin avril Pit Bouché a repris la présidence de Caritas Accueil et Solidarité (CAS) et la vice-présidence de la Fondation Caritas Luxembourg (FCL) de Charel Schmit. Une première interview avec le nouveau président après ses premiers mois de mandats :

Quelles sont vos motivations personnelles pour vous engager pour les personnes vivant dans la plus grande des précarités ?

Je souhaite un monde où chacun de nous puisse vivre dans des conditions qui respectent sa dignité. Un monde, où chaque individu puisse s’accomplir, trouver pleinement sa place et prendre ses responsabilités.

Avoir un toit au-dessus de la tête et assez à manger est une nécessité essentielle. Ceci nous donne la stabilité et la sécurité fondamentales pour affronter les autres défis de notre vie. Bien sûr, en tant qu’êtres humains, nous aspirons à encore beaucoup plus. Nous voulons nous épanouir, trouver un sens dans la vie et développer nos capacités. Nous voulons nous sentir utiles et être là pour nos proches. Nous voulons être considérés par nos semblables et nous échanger au sein de notre communauté. Nous voulons recevoir respect et compréhension, considération et amour. Pour répondre à ces besoins les plus profonds et réellement augmenter notre bien-être, nous devons construire une société plus centrée sur la valeur de l’être humain et sur l’importance des relations interpersonnelles.

Je suis profondément convaincu qu’une telle société est possible. Il faudrait évidemment répartir la richesse d’une façon plus équitable et éviter ces inégalités scandaleuses qui détruisent la cohésion sociale. Il faudrait que nous mobilisions davantage nos énormes forces créatrices et le développement technologique extraordinaire pour le mettre au service du progrès de l’humanité. Mais il faudrait surtout que nous formions une économie qui remplirait son rôle intrinsèque, c.-à-d. répondre mais aussi laisser une place dans notre vie à nos réels besoins. Pourquoi acceptons-nous aujourd’hui encore un cadre économique qui bafoue régulièrement le bien commun et qui trop souvent viole nos valeurs et libertés fondamentales que nous nous sommes cependant données en tant que société démocratique ? Pourquoi donnons-nous même une place prioritaire à des dogmes économiques inhumains au sein de notre société et souvent au sein de notre propre vie ?

Un monde sans pauvreté est possible. La misère n'est pas une fatalité. Une économie qui respecte l’être humain et notre environnement est possible. C’est cela ma motivation. D’un côté je ressens de la colère parce que je considère que beaucoup d’injustices, de désespoir et de souffrances sont aujourd’hui totalement inutiles. Il faudrait que nous ayons plus de courage en politique, dans le monde économique et dans notre vie quotidienne pour choisir la compassion, au lieu de nous laisser guider par l’indifférence, la peur ou la méfiance envers l’autre. D’un autre côté, je suis très optimiste parce que nous avons notre destin dans nos propres mains, surtout au sein de nos sociétés démocratiques. Pour changer notre monde, il nous faut certes de la discipline et de la détermination et nous devons travailler durement au nom d’un humanisme agressif. Mais, tout est possible ! Et cela est tellement rassurant.

Qui êtes-vous?

Un „Gutmensch“ naif? [rire] Quelqu’un qui a des exigences éthiques élevées envers la société et envers lui-même, tout en sachant que ces exigences ne peuvent pas être remplies chaque jour et dans chaque situation ? Ce qui n’est pas grave, on a tous nos défauts et on commet tous des erreurs. Heureusement, on a toujours la possibilité de faire mieux la prochaine fois ou le prochain jour. 

Comme pour presque chacun de nous, ce sont les parents qui ont profondément marqué ma vision du monde. Ce que les miens m’ont transmis, c’est que, pour citer la Déclaration universelle des droits de l’Homme, tous les êtres humains naissent libres et égaux en dignité et en droits. Ils m’ont également donné le sens de l’engagement social. Mon père était président de l’association «ATD Quart Monde Luxembourg » qui agit selon les devises inspirantes de leur fondateur, Joseph Wresinski : « Chaque personne est une chance pour l’humanité » et « Là, où des hommes sont condamnés à vivre dans la misère, les droits de l’homme sont violés. S’unir pour les faire respecter est un devoir sacré. » Ma mère s’est longtemps occupée en tant qu’institutrice de « classes spéciales », donc d’enfants qui ont connu des difficultés à l’école. Et ma tante, la Sœur Marie-Jeanne, s’est engagée pendant plus de vingt ans auprès de Caritas et a supporté des personnes en prison pour favoriser leur réintégration au sein de la société. Les exemples à suivre ne me manquent certainement pas et j’en suis reconnaissant.

À partir de l’âge de 17 ans et jusqu’à mes 34 ans, donc pendant la moitié de ma vie, je me suis alors engagé politiquement au sein de la Jeunesse chrétienne-sociale (CSJ). J’ai fait des études en sciences politiques à l’Université libre de Bruxelles, dont j’ai principalement retenu la leçon qu’il faut tout remettre en question, surtout les choses qu’on nous présente dogmatiquement comme « alternativlos » (sans alternative). Pendant mes études, j’ai écrit des articles pour la rédaction de la politique intérieure du « Luxemburger Wort ». Puis de 2011 jusqu’au début de cette année 2019, j’ai travaillé en tant qu’assistant administratif et conseiller politique au secrétariat général du parti chrétien-social (CSV). Vous voyez un peu la sphère d’où je viens [sourire]. Récemment j’ai commencé à travailler pour une administration communale.

Quel défi voulez-vous relever en premier?

Les interactions ainsi que les interdépendances et donc aussi les solutions aux grands problèmes sociétaux sont extrêmement complexes. En tant que Caritas, nous devons avoir une vision claire, cohérente et transversale de notre rôle et de nos engagements. Donc jusqu’à la fin de l’année, ma priorité est que nous réussissions ensemble, Caritas Accueil et Solidarité (CAS) et Fondation Caritas Luxembourg (FCL), à finaliser notre plan d’action et notre stratégie commune afin de profiter les cinq prochaines années d’un instrument performant qui puisse nous guider de façon structurée à travers tous nos services.

Quels sont vos moyens d’action et comment voyez-vous votre rôle?

Pour moi il y a une seule forme de leadership qui compte: « Leading by example ». Cela ne veut pas dire que c’est à moi à faire ou à décider tout ou à me mêler de tout - je n’en aurais évidemment même pas les compétences -, mais je dois accomplir mes propres tâches et responsabilités au mieux de mes facultés et ceci en respectant les valeurs de notre organisation, surtout en ce qui concerne notre vivre ensemble et le respect mutuel au quotidien au sein de notre famille Caritas.

Puis, j’ai toujours estimé qu’on ne peut rien réussir tout seul. Moi, je ne travaille ni au Centre Ulysse, ni au Courage, ni au Creamisu. Je ne suis ni streetworker, ni assistant social. Et il m’est impossible d’être physiquement présent chaque jour à notre siège ou à la direction. Pendant les derniers mois, j’ai visité la plupart des services et j’ai rencontré un bon nombre de membres du personnel. J’ai pu constater que les compétences et la passion pour le travail social ne manquent vraiment pas au sein de la Caritas. que ce soit chez les collaborateurs/collaboratrices et chez les bénévoles et ce alors même que les travaux effectués ne sont certainement pas parmi les plus agréables ou les plus faciles. En tant que président de CAS et vice-président de la FCL - deux tâches bénévoles -, une de mes missions les plus importantes consiste à garantir que les collaborateurs/collaboratrices à chaque niveau de nos organisations puissent remplir leurs fonctions le mieux possible au service de nos usagers. Ensemble avec la présidente de la FCL, Madame Jacobs, et tous les autres membres des deux conseils d’administration et des directions, j’ai donc la responsabilité de supporter les collaborateurs/collaboratrices et les bénévoles par un cadre de travail motivant qui, s'il est exigeant et les pousse à engager leur plein potentiel, leur garantit un bon climat de travail, les fait évoluer dans un contexte avec une vision et des objectifs clairs, leur donne les moyens matériels indispensables à l’accomplissement de leurs tâches (p.ex. en négociant au niveau politique) et qui repose sur une communication transparente. Je peux vous affirmer que c’est un engagement exigeant, mais inspirant et stimulant.

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