Bernard Horschler - L’important ce n’est pas d’arriver, mais de se mettre en route !

Lundi 16 septembre 2019

Bernard Horschler est éducateur au Centre Ulysse, une structure d’accueil et d’hébergement d’urgence pour personnes sans-abri.

Pourquoi avez-vous choisi le métier d’éducateur ?

Mon cheminement professionnel est un peu particulier car ce n’est que la trentaine bien entamée et après un parcours professionnel dans un tout autre domaine que j’ai décidé de m’orienter vers le métier d’éducateur. Je voulais faire quelque chose qui ait du sens et être en contact avec les gens. J’ai ensuite travaillé dans plusieurs structures sociales - toujours avec des adultes -, avant d’arriver au Centre Ulysse.

Que faites-vous concrètement au Centre Ulysse ?

Le Centre Ulysse est une structure d’urgence pour personnes sans-abri. Les personnes qui viennent chez nous sont en pleine crise. Le rôle des éducateurs est de mettre autour d’elles un cadre suffisamment sécurisant pour qu’elles puissent se reprendre et de les accompagner vers une réinsertion dans la société.

Quelles sont, selon vous, les qualités que devrait avoir un bon éducateur ?

Il faut qu’il soit sérieux, mais sans trop se prendre au sérieux. En même temps, il faut qu’il sache arrondir les angles. Ce n’est pas facile de travailler avec des personnes qui ont perdu le sens du rapport humain à force de vivre seules dans la rue, qui ne cessent de critiquer la société qui les a exclus ou qui sont dépendantes à l’alcool et/ou aux drogues. Les tensions sont nombreuses. Je compare souvent les éducateurs aux matériaux qui après avoir absorbé les chocs reprennent leur forme initiale. Pour faire ce métier, c’est de ces matériaux qu’il faut être fait !

Qu’est-ce qui vous plaît particulièrement dans ce que vous faites ?

Ce sont bien sûr les rencontres. En dehors des moments de tensions, nous rigolons souvent. C’est un milieu où les gens sont quand-même très sympas.

C’est aussi le fait qu’aucune journée ne se ressemble. Le matin, quand j’arrive au Centre, je ne sais jamais ce qui m’attend.

Qu’est-ce qui vous plait le moins ?

Je me pose souvent la question si c’est juste d’essayer de réinsérer les gens dans un « système » ou « ordre social » qui finalement produit autant d’exclus.

Est-ce qu’il y a des choses auxquelles il faut particulièrement faire attention lorsqu’on travaille avec votre public ?

A soi d’abord, car on est vite submergé par ses émotions.

Ensuite, il ne faut pas se laisser tenter par ce que j’appelle « la toute-puissance de l’éducateur ». Il peut arriver que face à une agression, des menaces ou des insultes l’on prenne une décision qui risque d’anéantir les efforts déjà faits par la personne ou d’aggraver sa situation. Il faut garder à l’esprit que les personnes que nous accompagnons dépendent de nous.

Enfin, et j’en ai fait l’expérience, il ne faut jamais aller trop vite avec les personnes, ni se fixer des objectifs trop élevés, car rien n’est jamais acquis et la rechute est toujours possible. J’ai appris avec le temps que l’important ce n’est pas d’arriver, mais de se mettre en route !

Qu’est-ce qui vous renforce au quotidien ?

L’équipe est importante. Comme on vit les mêmes choses, c’est plus facile de les supporter. On s’encourage les uns les autres. L’expérience et l’habitude jouent aussi.

Est-ce que vous avez l’impression d’être valorisé dans ce que vous faites ?

Il ne faut pas s’attendre à ce que les personnes que l’on aide vous disent merci. Cela arrive, bien sûr, mais le plus souvent, les personnes sans-abri sont tellement prises par leurs problèmes qu’elles n’y pensent tout simplement pas. C’est normal. De toute façon, je ne fais pas cela pour avoir quelque chose en retour. Je suis content lorsque je rencontre des personnes que j’ai accompagnées dans le passé et qu’elles font comme si elles ne me connaissaient pas. Cela signifie qu’elles ont réussi à s’en sortir et qu’elles veulent oublier cette période triste de leur vie que je leur rappelle.

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