Faruk Licina - L'art et la manière de jeter des ponts

Jeudi 5 juillet 2018

Entre des enfants perturbés, des ados qui sont parfois carrément rebelles et des parents qui, au bout du compte, se  retrouvent complètement débousselés Educ'actif se présente comme un médiateur qui, au fil du temps, permet de renouer des liens qui s'étaient rompus pour un tas de bonnes et mauvaises raisons.

Educ'actif a vu le jour en 2001. C'est le résultat d'un projet  développé par la branche Solidarité et Intégration de Caritas Luxembourg. Il est placé sous  la houlette du ministère de l'Education et il a été agréé par l'Office national de l'Enfance. Cette structure compte aujourd'hui sept éducateurs gradués et deux assisantes sociales. Ses locaux se trouvent dans une maison qui se dresse près du Rollingergrund à Luxembourg-ville. Mais les compétences d'Educ'actif s'étendent sur l'ensemble du pays

Rencontre avec Faruk Licina qui assume la direction de ce bureau ouvert aux besoins les  plus divers. Et à toutes les attentes qu'elles émanent aussi bien des petits, des ados ou de leurs parents.

Votre équipe traite actuellement une bonne centaine de dossiers tous plus différents les uns que les autres. Comment ces demandes d'assistance vous parviennent-elles?

Elles nous sont adressées, en très grosse partie,  par l'Office national de l'Enfance. A partir de là, nous allons analyser le dossier qui contient, au moins de manière superficielle, la problématique qu'il va falloir résoudre. Notre démarche est toute simple. On passe un coup de fil à la famille concernée et on prend un rendez-vous pour se rendre dans la famille concernée. On se retrouve ensembe pour un premier tour d'horizon. Il faut compter environ deux heures pour ce genre de rencontre. Entre le thé ou le café, on discute parfois de banalités avant d'entrer enfin dans le vif du sujet. Et c'est quoi? Un gamin qui braille à coeur joie à chaque fois  qu'il entre dans un supermarché histoire de se faire offrir ses bonbons préférés, un ado qui est en rupture scolaire parce qu'il n'est plus chez lui dans son milieu familial, un autre qui commence à se droguer pour les mêmes raisons. Et les causes sont diverses : divorce des parents, recomposition de la famille et arrivée d'une nouvelle personne. Ce qui va engendrer des refus, des rebellions et des passages à l'acte  se manifestant sous différentes formes. Il faut faire le tri et suggérer des pistes.

Est-ce que toutes vos réunions de médiation se passent dans le cadre familial?

Oui pour la plus grande partie.  Mais il y a des dérogations. N'importe qui de l'équipe est capable de ressentir qu'à un certain moment de la conversation entre parents, enfant (ou ado) , il y a des trous. C'est ce qu'on appelle un non-dit. Le dialogue se poursuit alors avec notre intterlocuteur dans nos bureaux. C'est une belle  occasion  de se débarrasser d'un fardeau en toute intimité. C'est aussi pour nous l'occasion d'aller de l'avant et de mieux comprendre derrière quelles barrières l'un ou l'autre peut se trouver enfermé. Certaines situations peuvent se révéler très complexes. Il faut toujours s'évertuer à retrouver le traumatisme qui en est à la source. Toute l'équipe se réunit une fois par semaine et nous faisons le point sur tous les dossiers qui sont en cours. Il arrive parfois qu'un ou l'autre éducateur soit tellement impliqué dans son dossier qu'il n'a plus la faculté de prendre du recul. Ces réunions nous offrent la possibilité de discuter, d'entrevoir de nouvelles pistes ou au contraire de dire vas-y parce que tu tiens le bon bout.

Vous avez encore ajouté une corde à votre arc. Elle est baptisée Journées de rupture. Qu'est-ce que ça signifie?

A la fin juillet, et pour la troisième édition, nous allons embarquer 17 participants à cette nouvelle session. Elle dure une semaine. Nous rendons au Portugal,  dans les environs de Porto, grâce à Luxair qui nous fait une belle réduction sur les tickets. A partir de là, ce ne sera pas la vie de château. Caritas Portugal nous a déniché un camp à proximité duquel se trouve un centre hippique. Il faudra participer à la vie commune de tous les instants, il faudra s'occuper des chevaux. Moralité, il faudra monter qu'un groupe ne peut fonctionner que lorsqu'il a  acquis une certaine cohésion. Les éditions  précédentes ont démontré que les ados qui avaient participé à ce genre d'expérience avaient retrouvé beaucoup d'enthousiasme en un rien de temps et qu'ils étaient depuis repartis d'un bon pied. Inutile de préciser que tous les jeunes qui sont passés par Educ'actif font l'objet d'un suivi.

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