Atelier Zeralda: vaincre l'exclusion sociale des jeunes

Vendredi 13 octobre 2017

L’Atelier Zeralda, géré par Caritas Jeunes et Familles asbl, est une success story qui mérite d’être mise en lumière. Créé il y a plus de 35 ans au Pfaffenthal, un quartier de Luxembourg-Ville avec aujourd’hui encore une part importante de population défavorisée, l’Atelier Zeralda a joué tout au long des années un rôle essentiel dans le quartier.

« L’initiative venait de deux sœurs chrétiennes qui pour inciter les enfants et les jeunes à s’intéresser à la lecture et leur lire des histoires ont commencé à vendre des frites dans le quartier, » raconte Myriam Siebenaler, chargée de direction de l’Atelier Zeralda. « C’est comme cela qu’a été mis en place au Pfaffenthal le concept innovateur de bibliothèque de rue. »

Un don du Bazar international a ensuite permis aux sœurs d'acheter la maison au 9, rue Laurent Menager et de la rénover, ensemble avec les habitants, les bénévoles et avec le soutien financier du Ministère de la Famille. L’endroit devint rapidement incontournable pour les enfants et les jeunes, mais pas seulement. Les parents aussi fréquentaient l’endroit qui prit le nom de « Oppend Haus Pafendall ». Les enfants y faisaient leurs devoirs, les habitants y cuisinaient ensemble, des ateliers étaient proposés, des fêtes de quartier organisées.

« Les habitants avaient pris possession des lieux à tel point qu’à un certain moment, lorsque l’Atelier Zeralda était menacé par la mise en place d’une structure concurrente pour l’encadrement des enfants après l’école, les habitants étaient montés aux barricades », ajoute Myriam Siebenaler.

Au fur et à mesure des années, l’accueil des enfants s’est professionnalisé. La maison relais accueille aujourd’hui après l’école une centaine d’enfants qui ne sont plus issus uniquement de milieux défavorisés, mais également de familles plus aisées qui se sont installées récemment dans le quartier. Dans ce nouveau contexte de mixité sociale, le travail social communautaire mis en place très tôt dans le quartier, avec l’édition d’un journal communautaire, l’organisation de fêtes et de rencontres, etc. devient encore plus important. Une équipe de trois personnes, le Service Quartier, travaille aujourd’hui exclusivement à renforcer les liens et l’entraide entre les habitants du quartier.

Début des années 2000, deux autres projets ont vu le jour grâce aux financements du Ministère de la Famille et de la Ville de Luxembourg. Le projet « Kand a Famill » est né à la demande des parents. Il a pour objectif de renforcer la relation enfants - parents. « De nombreux jeunes qui décrochent se sentent, en effet, incompris de leurs parents, qui de leur côté, ont souvent fait, inconsciemment, de mauvais choix pour leur enfant, » souligne Myriam Siebenaler. « Kand a Famill » aide ainsi les parents à valoriser au mieux les ressources de leur enfant et les conseille dans tous les domaines : scolarité, santé, éducation, etc. Une attention particulière est accordée à l’orientation scolaire et professionnelle.

« Beaucoup de jeunes quittent l’école sans diplôme parce qu’ils ont été mal orientés, dès le départ, » ajoute Myriam Siebenaler.

Le deuxième projet, le « Streetwork », est une initiative de la Ville de Luxembourg et de quatre associations, dont Caritas Jeunes et Familles a pris en charge les jeunes des faubourgs de Luxembourg-Ville et du quartier de la gare. Le Streetworker va à l’encontre des jeunes qui ont élu domicile dans la rue, parle avec eux et, lorsque la situation s’y prête, propose des activités. Il organise également des projets comme le Streetfoot ou le Streetart qui permettent aux jeunes de se sentir écoutés et valorisés. Leur rôle est également préventif. Au mois de septembre, par exemple, ils se rendent dans les lycées des alentours pour y présenter ce qu’ils font, les endroits dans lesquels les jeunes peuvent trouver écoute et soutien, les activités qui sont organisées, etc.

« Ces présentations ont pris dernièrement la forme d’un rallye, très apprécié par les jeunes, » soulignent Yolanda Tortorelli et Dario Bruno, Streetworkers de Caritas Jeunes et Familles.

Tout au long de l’année, les Streetworkers organisent aussi dans les lycées les meetings « Blind Spot » pour sensibiliser les jeunes à ce qu’est la vie dans la rue. L’initiative, partie du Lycée Technique du Centre en 2013 par l’organisation d’une rencontre entre lycéens et jeunes de la rue, concerne aujourd’hui également d’autres lycées, dont les classes IPDM (Insertion professionnelle divers Métiers).

« Dans ces classes se retrouvent les jeunes qui n’ont pas trouvé de place d’apprentissage et qui sont donc à grand risque de décrochage scolaire. Nous souhaitons les aider en priorité, » souligne Yolanda Tortorelli. « Un autre challenge est d’atteindre les jeunes qui ont déjà décroché, mais qui, contrairement à d’autres qui trainent dans la rue, ne quittent plus leur maison. »

Heureusement, les streetworkers tout comme le reste des éducateurs, psychologues et assistantes sociales de l’Atelier Zeralda ont de l’énergie à revendre. Ce qui les motive c’est certainement la reconnaissance des enfants, des jeunes et des moins jeunes !