Dario Bruno: Conseiller, motiver et surtout croire aux jeunes!

Mercredi 31 mars 2021

Dario Bruno est Streetworker à Luxembourg-Ville depuis 2015. Ce service de la Ville de Luxembourg regroupe différentes associations dont Caritas Jeunes & Familles qui s’occupe en particulier des jeunes. Entrer en contact avec les jeunes qui errent dans la rue n’est pas évident. 

En quoi consiste votre travail ?

Nous travaillons dans les quartiers du Pfaffenthal, de Clausen, du Grund, de Neudorf, de la gare et de plus en plus vers le Limpertsberg où des jeunes toujours plus nombreux se réunissent sur la Kinnekswiss. Nous faisons des tournées toutes les après-midis pour voir s’il y a des jeunes qui ont un besoin et essayons d’entrer en contact avec eux et de les aider. Nous accueillons également des jeunes qui le souhaitent ici dans nos locaux, rue Laurent Menager, pour les conseiller, les orienter,  monter des projets ou organiser des activités. Cependant, notre travail est très différent de celui d’une maison des jeunes. C’est nous qui allons à l’encontre des jeunes dans la rue. Une attention toute particulière est portée aux groupes de jeunes et aux cliques. Nous faisons également de nombreuses activités de sensibilisation dans les écoles afin d’éviter que les jeunes ne se retrouvent dans la rue et de leur montrer l’importance de ne pas quitter l’école sans diplôme. C’est un travail qui se fait ensemble avec les jeunes et d’une manière bas-seuil, c’est-à-dire que nous ne demandons rien aux jeunes. Nous sommes là et pouvons les aider s’ils le demandent. 

Est-ce que le coronavirus a changé quelque chose dans votre travail ?

Oui, évidemment. Nous ne pouvons plus proposer toutes les activités de groupes que nous faisions avant. Notre public a également changé d’habitudes. On voit, pour le moment, moins de jeunes dans la rue. Il faut toutefois attendre l’été pour confirmer cela. C’est surtout au quartier de la gare que nous remarquons la différence. Les cliques de jeunes qui s’y regroupaient pour passer du temps ensemble ne sont plus là. On n’y voit plus que des jeunes isolées avec de grands problèmes, surtout de drogue. Malheureusement, un autre constat que nous faisons depuis qu’il y a le coronavirus c’est que nous voyons de plus en plus de jeunes qui touchent à des drogues dures. Enfin, le travail que nous faisions avant avec les cliques de jeunes, devient plus rare puisque les jeunes ne se regroupent plus ou ont changé d’habitudes pour se voir.

Est-ce qu’ils sont de plus en plus devant leur ordinateur ?

Probablement, et c’est difficile d’entrer en contact avec ces jeunes qui ne sortent plus et dont certains, nous sommes sûrs, sont en grande souffrance. Nous faisons tout pour être présents sur les réseaux sociaux, sur Instagram et sur Facebook. Nous remarquons aussi que nous avons beaucoup plus de jeunes qui nous contactent via ce biais. Par contre, comme tous les acteurs du travail social, nous nous posons encore de nombreuses questions sur comment rendre possible le travail social à distance.

Qu’est ce qui vous plaît dans ce que vous faites ?

Le travail a de nombreuses facettes. C’est très varié. Aucun jour ne se ressemble. J’apprécie également la liberté d’action que nous avons et qui nous permet d’être au plus près des besoins des jeunes, sans trop de chichi ; ce qui est important quand ont fait du bas seuil comme nous le faisons. Enfin, la collaboration avec les autres associations qui font partie du Streetwork est excellente. Nous nous complétons, chacun sur ces publics et ses quartiers, de sorte à ce que nous avons une bonne vue de ce qui se passe dans les quartiers et des besoins et que nous pouvons intervenir de manière multilatérale.

Quels conseils donneriez-vous à des personnes qui voudraient s’orienter vers le même travail que vous ?

Le public des jeunes est un public avec lequel on entre difficilement en contact. Les jeunes sont très méfiants. Offrir une tasse de café ou de thé comme pour les autres publics du Streetwork ne suffit pas. Quand on travaille avec les jeunes, il ne faut pas s’attendre à d’énormes progrès d’un coup. Au contraire,  il faut garder en tête que ce que l’on fait c’est du travail de bas seuil. Si j’ai un « Moien » spontané d’un jeune, je suis déjà très content. Parfois, pour entrer en contact avec une clique, il nous faut des mois. J’ai pris l’habitude de ne pas courir derrière les jeunes, cela ne sert à rien. Il faut donc avoir beaucoup de patience et ne pas se mettre sous pression. Il faut se contenter de petits succès, dont le cumul peut aboutir à une belle « success story ». 

Un autre conseil est qu’il ne faut pas en faire trop à la place de la personne. Ce n’est bon ni pour la personne, ni pour nous, travailleurs sociaux. Au contraire, il faut que le jeune apprenne à se prendre en main. Notre travail c’est de le conseiller, de le motiver et surtout de croire en lui. C’est cependant au jeune d’atteindre les objectifs de vie qu’il s’est fixés.

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